F Hollande fait irruption dans le débat
| Patron du PS, François Hollande est entré de plain-pied, jeudi, dans la préparation du congrès en tentant de rétablir l'ordre dans un débat jusqu'ici biaisé par les querelles personnelles et qu'il entend maîtriser jusqu'à son départ au mois de novembre. Dans une tribune publiée dans Le Monde daté de vendredi, le premier secrétaire s'exprime pour la première fois longuement sur l'enjeu du congrès de Reims auquel, dit-il, il reviendra de placer le parti "en situation de vaincre en 2012" en se mettant enfin au clair sur "le projet, la stratégie, les rôles respectifs du parti et du candidat". Sa sortie du bois en forme de mise au point survient alors que Ségolène Royal, la première à l'offensive, et Bertrand Delanoë, parti en contre, n'ont pas encore pris l'avantage l'un sur l'autre et que le débat engagé entre eux sur le libéralisme est apparu "surréaliste" aux autres camps. Le moment est donc opportun. Voyant dans cette querelle "une bataille de mots", François Hollande appelle les socialistes à engager "une offensive idéologique" et passe en revue les "dix questions" auxquelles ils doivent trouver des réponses adaptées pour gagner lors des échéances décisives, et pas seulement aux élections locales: mondialisation, répartition des richesses, vieillissement, etc. Une contribution, avec tous ses soutiens cette fois, devrait suivre d'ici la fin juin. "S'il avait voulu faire aujourd'hui un texte avec des signatures, il en aurait plus que Ségolène et Bertrand réunis", assure le député Bruno Le Roux. L'entrée en lice de M. Hollande "le met plus que jamais au centre du jeu. C'est la moindre des choses, pour un premier secrétaire sortant", commente le député et secrétaire national André Vallini. M. Hollande a préparé son intervention avec son état-major: son "bras droit" Stéphane Le Foll, le député et ex-ministre Michel Sapin - sans compter MM. Vallini et Le Roux -, les présidents des groupes parlementaires, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, selon des sources concordantes. Tous se sont éloignés de Mme Royal, dont ils étaient d'ardents soutiens pendant la campagne présidentielle, sauf M. Le Foll. Le premier secrétaire a à coeur d'éviter une bataille prématurée entre présidentiables: la question du leadership, si elle est "légitime", ne doit être posée qu'"au terme d'un débat et non à son commencement", morigène-t-il. M. Hollande entend visiblement être la tour de contrôle de ce processus. "Bien entendu", il entend peser sur le choix de son successeur, confirme M. Le Roux. D'ici là, c'est du fond qu'il faut parler. "Il définit une méthode", ajoute le député de Seine-Saint-Denis. Au contraire, Mme Royal a annoncé la couleur en se portant candidate ce mois-ci. Bertrand Delanoë ne paraît pas pressé de se déclarer, mais il amasse les signatures derrière son nom. Le patron du PS les verrait volontiers réunis à Reims derrière le même projet politique, avec lui. "Ils ont vocation" à faire partie de la majorité du PS, confirme M. Le Roux. M. Hollande prône dans sa tribune une unité "sur la base d'une ligne politique cohérente présentée par une majorité regroupant, autour d'un contrat, ceux qui pensent tout simplement la même chose". A ce stade, il n'en délimite pas les contours, n'excluant quasiment personne du rassemblement. Stéphane Le Foll insiste sur ce "contrat de majorité", capable d'amortir les inévitables turbulences de la compétition pour la présidentielle. Les proches du premier secrétaire souhaitent que le congrès adopte "un programme de travail de deux-trois ans". Thierry Masure / AFP |