La nouvelle stratégie de Ségolène Royal rebat les cartes au PS

Publié le par Vincent-Marie

LE MONDE | 16.09.08 | 14h19  •  Mis à jour le 16.09.08 | 14h19

La partie de dominos d'avant-congrès débute. En acceptant, lundi 15 septembre sur TF1, de mettre entre parenthèses sa candidature au poste de premier secrétaire, Ségolène Royal a lancé un mouvement qui doit permettre de débloquer le jeu des alliances. Consciente qu'elle ne pourra s'imposer par ses propres moyens, Mme Royal change de stratégie. Son objectif, désormais, est d'organiser la majorité qui sortira du congrès de Reims, mi-novembre, plutôt que de l'incarner.

Bien qu'elle ne renonce pas formellement à briguer la direction du parti - elle renvoie cette question au lendemain du congrès, lorsque les militants seront appelés à élire directement le premier secrétaire - Mme Royal consent à "ne plus en faire un préalable". En décidant de "mettre au frigidaire les questions de candidature, soit au poste de premier secrétaire, soit, pire, à l'élection présidentielle", la présidente de la région Poitou-Charentes se pose en garante de l'unité du PS, voire en pacificatrice. "Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas voir la colère qui monte, l'exaspération, parfois même le dégoût de ceux qui nous disent "où êtes-vous les socialistes, que faites-vous, pourquoi vous disputez-vous pour des postes ?" . Je veux mettre un coup d'arrêt à cette lente dégradation du niveau du débat au Parti socialiste", a-t-elle affirmé. Mme Royal maintient le "rassemblement de la fraternité" organisé par ses fidèles le 27 septembre au Zénith, à Paris, entend prendre une part active aux débats du congrès de Reims, du 13 au 16 novembre, et se déclare prête à "pousser en avant une nouvelle génération".

De ses concessions, Mme Royal fait immédiatement un argument pour passer à l'offensive. " Ce serait bien que tout le monde en fasse autant et parle aujourd'hui des vraies questions", a-t-elle ajouté à l'adresse de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry, bien que cette dernière n'ait toujours pas officialisé ses ambitions. En revanche, elle a ouvertement critiqué François Hollande, allié au maire de Paris. L'ancienne candidate aurait préféré que le premier secrétaire "se tienne au-dessus des débats".

FUTURE MAJORITÉ

"La mise au frigidaire" des ambitions de l'ancienne candidate vise à gêner le duo Hollande-Delanoë qui devait tenir son premier meeting commun, mardi soir 16 septembre, à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise). Elle rend possible la conclusion d'accords avec une partie de ceux qui refusent de se ranger derrière une personnalité "présidentiable". Selon la plupart des pointages, les trois principaux blocs - conduits respectivement par Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Martine Aubry - représentent chacun autour de 20 % à 25 % des voix au sein du PS. En acceptant de se tenir en retrait, l'ancienne candidate peut envisager un accord avec les grands élus de "La ligne claire", regroupés derrière Gérard Collomb, le maire de Lyon, et Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône.

Ce groupe, qui soutient la candidature de Pierre Moscovici au poste de premier secrétaire, défend des positions proches de celles de Mme Royal ("réformisme assumé", refus d'ostraciser le MoDem, organisation de primaires au sein de la population pour choisir le candidat à la présidentielle). Une coalition associant partisans de cette dernière, tenants de la "Ligne claire" et anciens partisans de François Hollande hostiles à l'alliance avec les "jospino-delanoïstes", permettrait, en principe, de jeter les bases d'une future majorité. A laquelle devront se rallier ceux qui ne voudront pas risquer de devenir minoritaires.

Jean-Michel Normand
Article paru dans l'édition du 17.09.08
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Publié dans Parti Socialiste

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