PS : coup de pied Royal au « vieux parti »
Ségolène Royal ne sera peut-être pas élue premier secrétaire du Parti socialiste au terme du vote militant qui débute ce soir. Le ralliement de Bertrand Delanoë à Martine Aubry « complique arithmétiquement » la donne, comme elle l'a elle-même reconnu mardi. Mais il y a fort à parier que le coup de pied qu'elle a donné au « vieux parti », en arrivant contre toute attente en tête des motions le 6 novembre et en organisant depuis toute la campagne interne autour de sa thématique à elle - « l'étiolement du PS ou sa renaissance » -, provoquera quoi qu'il arrive une onde de choc durable sur le parti.
Si elle gagne c'est évident. Légitimée comme jamais pour avoir surmonté le mur « anti-Ségolène » qui s'est constitué contre elle, elle s'attaquera sans tarder à tous les symboles et rites qui empêchent le PS de devenir ce « grand parti populaire et démocratique » qu'elle appelle de ses voeux. Equipe « rajeunie », cotisation à 20 euros, consultation régulière des militants, parité et diversité, débats interactifs, création d'une forme de « Facebook socialiste », alliance décomplexée avec le centre, fin des grand-messes type congrès de Reims et même vente du siège de la rue de Solférino pour aller dans un quartier populaire : aucun tabou, rien n'est écarté pour « créer un parti joyeux, métissé, créatif, constructif », a-t-elle déclaré au « Monde ». « Il faut changer de fond en comble la façon de faire de la politique, pour être compris des Français », a-t-elle martelé tout au long de sa campagne, n'excluant pas la « mort » du PS si tel n'était pas le cas.
Martine Aubry n'ira bien sûr jamais aussi loin si c'est elle qui l'emporte. Au contraire. Ségolène Royal a trop fait peur en proposant de faire table rase du passé socialiste pour qu'elle n'ait pas délibérément choisi d'enfourcher le cheval inverse : oui au « parti de militants », non au « parti de supporters », tout entier tendu vers l'élection présidentielle, voulu par l'ex-candidate socialiste. « Ségolène Royal a une autre conception du parti. Elle propose des priorités et une analyse de la société qui ne sont pas les nôtres », a-t-elle encore affirmé hier sur France Inter. C'est d'ailleurs au nom d'une possible perte « d'identité » du PS que Bertrand Delanoë a justifié son soutien. Mais pourra-t-elle se contenter de ce rôle de défenseur du statu quo, leader d'un cimetière d'« éléphants », dans lequel Ségolène Royal a pris un malin plaisir à l'enfermer ? Evidemment non. D'autant que le troisième candidat, Benoît Hamon, fait lui aussi du « renouvellement » sa carte majeure, en mettant en avant sa jeunesse. Martine Aubry ne prononce d'ailleurs plus une phrase sans le mot « changement », elle promet « d'ouvrir les portes et les fenêtres à d'autres formes de militantisme » et de mettre en place une équipe constituée de « nouveaux visages ».
Des recettes classiques qui ne risquent pas de bousculer le parti ? Certes. Sauf si le coup de pied vient cette fois de l'extérieur. Car si Ségolène Royal n'est pas choisie comme premier secrétaire, ne risque-t-elle pas de quitter ce parti dans lequel elle ne se « reconnaît pas », pour porter ses couleurs à la présidentielle avec ses propres réseaux (désirs d'avenir, Internet...) ? Ces derniers jours, elle a logiquement nié une telle éventualité. A la question « resterez-vous au PS ? », elle a répondu mardi sur Canal+ : « Oui, vous en doutez ? Cela fait vingt-cinq ans que je suis là ! »
Mais elle a aussi eu d'autres phrases sibyllines, comme ce souhait, en cas de défaite, « d'aider tous les socialistes à réussir ». Toute la semaine, elle a revendiqué sa double « légitimité », d'ancienne candidate à la présidentielle et de leader de la motion arrivée en tête, insistant sur le combat d'appareil « un peu étrange » qui a eu lieu au congrès pour lui barrer la route. Comme si peu à peu remontait à la surface la Ségolène Royal du Zénith : celle qui, fin septembre dans un exercice de communication nouveau et sans prononcer le nom de « socialisme », avait lancé : « Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. » Comme pour signifier qu'avec ou sans parti, forte de ce « contact particulier avec le peuple », elle poursuivrait son chemin, quitte à défier le candidat socialiste en 2012.