Plan Sarkozy: Pas assez pour la consommation

Publié le par Vincent-Marie

Le gouvernement risque d'être contraint à un second plan de relance, juge Philippe Aghion


Le Nouvel Observateur. - Le plan de relance annoncé le 4 décembre par le président de la République va-t-il réussir ?
Philippe Aghion. - Je ne le crois pas. Certes, l'emploi est relancé dans le bâtiment, et Nicolas Sarkozy a renoué avec une politique des grands travaux. C'est bien, mais insuffisant. La crise financière a entraîné un manque de crédit accordé aux entreprises et un problème de demande du côté des consommateurs. Les banques ont été soutenues, la Banque centrale européenne a baissé ses taux. C'est important et positif. Même si la France a accordé aux établissements de crédit un soutien sans condition.
Mais la grande erreur, avec ce plan de relance, c'est de ne pas avoir soutenu la consommation. Nous n'avons pas un problème d'offre, mais de demande. Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a baissé la TVA de deux points. En Espagne comme aux Etats- Unis, on a donné des chèques aux ménages pour qu'ils achètent. Nous nous contentons d'une prime de 200 euros pour les gens concernés par le RSA. Il aurait fallu viser également les 8 millions de personnes qui perçoivent la prime pour l'emploi. Exonérer de charges les toutes petites entreprises pour qu'elles embauchent ne sert à rien. Pour créer des emplois, il faut fabriquer des produits. Mais encore faut-il qu'ils soient vendus ! Ou alors, si ces TPE prennent de la main-d'oeuvre, c'est qu'elles l'auraient fait de toute façon. On appelle cela l'effet d'aubaine. Pour toutes ces raisons, ce plan est totalement inadéquat. Il relève de l'amateurisme et de l'improvisation.

N. O.
- Il creuse les déficits...
Ph. Aghion. - Que l'on reporte leur résorption à 2012 ne me gêne pas. La crise est trop grave. En revanche, le chef de l'Etat aurait dû annoncer un plan à long terme, pour l'assurance-maladie par exemple, et lancer un grand débat sur le remboursement de certains médicaments sous condition de ressources.

N. O.
- Pourquoi parlez-vous d'improvisation ?
Ph. Aghion. - Ce gouvernement ne se remet jamais en question. Il procède par blocs de sédimentation. Il y a d'abord eu le paquet fiscal, pour satisfaire son électorat; puis le rapport Attali, pour lequel j'ai travaillé. La commission n'a pas voulu chiffrer le coût des mesures. C'était au gouvernement de le faire. Il aurait pu, à ce moment-là, remettre en question le paquet fiscal. Et puis maintenant il y a la crise financière et les mesures de relance. C'est très inquiétant. Il agit au coup par coup, sans cohérence économique. Il n'y a pas de réflexion de fond sur la stratégie économique, comme Gordon Brown l'a fait à Londres, comme Barack Obama s'apprête à le faire aux Etats-Unis.

N. O.
- Faudra-t-il un second plan de relance ?
Ph. Aghion. - Nicolas Sarkozy y sera peut-être contraint.


Philippe Aghion

Philippe Aghion est professeur à Havard et à l'Ecole d'Economie de Paris. Il a été conseiller économique de Ségolène Royal.


Martine Gilson
Le Nouvel Observateur
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Publié dans Economie & Finances

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