Pulvar VS Royal chez chez Ruquier: Audrey Pulvar s'explique

Publié le par Vincent

26/09/2011, 03:50 par AUDREY PULVAR

Bonjour à toutes et tous

Je n'ai pas pour habitude de répondre aux multiples attaques dont je fais l'objet, mais comme je vois que le ton des réponses sur ce blog, même quand elles me sont défavorables, semble plus éclairé qu'ailleurs, je vous apporte  une modeste contribution.

Merci à ceux d'entre vous qui ont su voir que j'ai interviewé Ségolène Royal avec la même pugnacité que d'habitude, quelle que soit la couleur politique de mes invités-ées.  Ni plus, ni moins. Je l'ai dit et répété, je ne suis pas une idéologue. Je suis une journaliste, attachée à son métier et à son indépendance. Une femme libre, quel que soit le prix à payer pour cette liberté (et elle coût très cher!). Il n'est pas question pour moi, à On n'est pas couché, d'être la caution, le porte-voix ou la représentante d'un camps politique ni d'un candidat. Habituellement, en interview, mon parti pris est de pousser mon invité-e dans ses retranchements, non pour la gloriole, ni pour prendre le dessus, mais simplement pour l'obliger à sortir des sentiers ultra-battus de la communication, des éléments de langage, pour aller vers ses réelles convictions. Au téléspectateur ou à l'auditeur de se faire ensuite une opinion sur lesdites convictions. C'est valable pour Ségolène Royal comme pour Nicolas Sarkozy... ! Par ailleurs, Ségolène Royal est bien meilleure, comme la plupart des politiques, quand elle est bousculée. Si je m'étais contentée de lui servir la soupe, ou que j'avais été inerte, au motif que je suis la-compagne-d'Arnaud-Montebourg-donc-comment-veux-tu-qu'on-n'y-pense-pas-quand-elle-interroge-l-un-de-ses-concurrents, Ségolène Royal aurait déroulé pendant de trop longues minutes un discours ultra-rodé, ultra-entendu et au final peu stimulant. La pousser (un peu) ne pouvait que la faire aller chercher des ressources que la routine de la campagne et les meetings à n'en plus finir ont mises en sommeil. A' ceux qui hurlent au complot ou au conflit d'intérêt, réfléchissez une demie-minute : qui sort gagnante de l'histoire ? Elle ou moi ? Qui a pu exprimer avec force ses convictions (et balayer mes objections, avec une bonne dose de mauvaise foi parfois, occultée par la magie du montage) ? Elle ou Arnaud Montebourg ?  Par ailleurs, n'avez-vous pas constaté que dans mon questionnement de Ségolène Royal comme dans celui de Jean-Luc Mélanchon la semaine dernière, j'ai pris plusieurs fois le contre-pied de positions défendues par Arnaud Montebourg ? Est-ce que le meilleur moyen de servir ses idées, si telle était mon intention, serait de moi-même les démolir à l'antenne ? Soyons sérieux ! Vous pouvez contester mes compétences d'intervieweuse, vous pouvez  estimer qu'une interview est ratée (c'était le cas, j'en suis tout à fait consciente, de celle de Martine Aubry le 3 septembre), mais m'accuser de partialité, de malhonnêteté, de manipulation... ce sont des accusations qu'à mon sens, aucun de mes actes professionnels depuis 20 ans que je fais ce métier, n'accrédite. J'ajoute que les mêmes qui me vouent aux gémonies, sont ceux qui fustigent les "journalistes-carpettes", pas assez vigoureux, selon eux, face aux responsables de la majorité (ou à DSK). Alors ? Quand il s'agit de Ségolène Royal, il ne faudrait plus se montrer offensif-ve ?

Et puis, par bonheur pour vous qui soutenez Ségolène Royal, votre candidate a su dépasser les obstacles dressés sur sa route de femme indépendante de son compagnon !! Vous qui me lardez de flêches colériques, essayez d'appliquer le même raisonnement -dépendance intellectuelle par rapport à son compagnon, parti pris obligé,  porte-parolat évident, conflit d'intérêt- à Ségolène Royal... Si elle s'était sous l'influence de François Hollande comme vous voudriez me  voir soumise à celle de mon compagnon, jamais Ségolène Royal n'aurait été candidate à la primaire de 2007, ni investie par les militants. Fort heureusement, Ségolène Royal a plus d'imagination que ceux qui véhiculent ce type de préjugés machistes et arriérés et c'est tant mieux pour elle mais aussi pour toutes les femmes de ce pays. Me mettant donc dans les pas de votre championne,  je me permets de prétendre moi aussi à la liberté d'exercer mon métier en toute probité, sous votre regard acéré et intransigeant, en ré-affirmant aujourd'hui comme demain, mon intégrité d'être humain disposant de son entier libre-arbitre.

Bien cordialement

Audrey PULVAR (non, ce n'est pas un fake !).

 

Source: Médiapart

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Publié dans Ségolène Royal

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